L’HISTOIRE DERRIERE LES CHANSONS
En juillet 2013, la petite Nada Al-Ahdal a 11 ans et décide de partager son histoire sur tous les réseaux sociaux, évitant ainsi son mariage à un homme âgé d’Arabie Saoudite. Son histoire n’est qu’une seule parmi tant de celles de jeunes femmes et fillettes du Yémen.
Le Yémen, un pays au sud de la péninsule arabe, est dirigé par une société de clans, polygame et hautement patriarcale. Les femmes, et bien souvent les fillettes à peine âgées de 8 à 10 ans, sont contraintes au mariage à un homme d’une grande différence d’âge, qu’elles ne connaissent à peine, si du tout, et souvent en tant que deuxième ou troisième épouse. Une fois installée dans la maison de leur nouvel époux, elles continueront les mêmes tâches ardues qu’elles ont apprises dès leur enfance par leur propre mère. Souvent, elles ne reverront plus jamais leur famille.
Etant donné que les femmes au Yémen sont en majorité analphabètes, une source historique importante est leur poésie orale qui fut passée de mère en fille, de bouche à oreille et de génération en génération. Leurs poèmes et chansons décrivent leur désir de liberté, leurs aspirations ou leurs déceptions. La poésie orale change de région en région et de village en village, mais elle contient partout un élément de révolte, de protestation contre la qualité de vie que ces femmes mènent ou les choix qui sont faits pour elles, sans leur consentement.
Les femmes yéménites chantaient pendant leurs tâches quotidiennes, c’est-à-dire pendant qu’elles meulaient la farine, faisaient la lessive, portaient l’eau du puit ou cuisinaient. Leurs chansons représentaient une manière masquée d’exprimer leurs sentiments refoulés.
La plupart des chansons étaient improvisées et donc, les femmes n’étaient pas seulement chanteuses, mais également compositrices et poètes.
Il existe plusieurs types de chansons – des chansons de séparation (souvent récitées pendant la cérémonie du henné, qui marquait le moment où les futures jeunes épouses étaient séparées de leur familles) ou des chansons d’amour insatisfait ou de désir de liberté. Les chansons permettaient aux femmes d’échapper leur vie quotidienne pendant quelques instants et de créer un monde spirituel de liberté et d’expression.
Les textes sont chantés en arabe (l’hébreu étant considéré comme langue sainte et réservé aux hommes) et font partie de la musique folklorique traditionnelle. Bien que la plupart des chansons traitent de chagrin et expriment le souhait d’une vie de douceur et d’amour, elles ne sont pas toutes tristes. Elles peuvent même être parfois humoristiques, souvent en ridiculisant le mari. L’interprétation que Gulaza apprête aux chansons est remplie d’émotions et propulse le public dans un monde de prières, d’amour, de mystère et de désir de liberté.